La géothermie, « en dessous du radar »

12 février 2025

Article original : La Presse

« Il y a très peu de monde qui travaille là-dessus. Ça demeure un peu en dessous du radar, sous-estimé et sous-utilisé, la géothermie. On travaille pour le futur : pour ce qui se fera dans 25 ou 50 ans », affirme Félix-Antoine Comeau, responsable du Laboratoire ouvert de géothermie de l’INRS. Survol d’une énergie renouvelable peu connue.

La géothermie, énergie renouvelable qui utilise les phénomènes thermiques de la croûte terrestre pour permettre de se chauffer ou se climatiser à la surface, représente encore seulement une fraction du bouquet énergétique québécois.

S’il n’y a pas de chiffres officiels en la matière, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) estime que moins de 1 % de l’énergie de la province est issue de ce processus.

« On a la chance d’avoir Hydro-Québec. C’est sûr que ça coupe un peu l’envie et l’ambition d’aller chercher d’autres sources comme la géothermie », justifie d’emblée Félix-Antoine Comeau, responsable du Laboratoire ouvert de géothermie de l’INRS.

« Par contre, depuis 5 à 10 ans, on réalise qu’on utilise la moitié de notre électricité pour chauffer les bâtiments », poursuit M. Comeau. Selon lui, on pourrait remplacer cette électricité.

Concrètement, l’énergie géothermique se divise en deux familles principales. La géothermie peu profonde – forages d’une profondeur de 100 à 200 mètres – chauffe et climatise les bâtiments au moyen d’un fluide qui circule à travers un circuit fermé. La géothermie profonde – forages d’une profondeur de 1 à 4 kilomètres – permet d’obtenir des températures supérieures à 100 degrés. Ainsi, la vapeur fait tourner des turbines qui génèrent de l’électricité.

Entre les deux, il est possible de pomper une eau à 40 degrés de 1 à 2 kilomètres de profondeur pour en faire une « utilisation directe » et éviter la thermopompe.

La position géologique du Québec, au centre d’une plaque tectonique, favorise la géothermie peu profonde et rend la profonde plus complexe.

Le potentiel

« L’avantage du géothermique comparativement aux autres énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire : c’est constant tout au long de l’année. À partir de 10 mètres de profondeur, la température demeure à environ 10 degrés, peu importe les saisons ou ce qui se passe à la surface », avance Félix-Antoine Comeau.

L’idée est donc d’utiliser cette température, toujours par l’entremise du fluide qui parcourt un circuit, pour refroidir l’été et chauffer l’hiver.

L’inconvénient : il faut faire des forages, donc ce sont des coûts « très élevés » au départ. Conséquemment, recourir à l’énergie géothermique pour un seul domicile peut paraître irréaliste. « Mais une fois installé, le système ne coûte plus rien et il est très fiable », souligne le chercheur.

Ce qui est plus réaliste, c’est l’idée d’un écoquartier doté d’un système géothermique centralisé qui alimente de nombreuses maisons. Les bâtiments publics sont aussi une bonne clientèle. Les exemples sont rares, mais à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud, il existe cinq complexes de condos fonctionnant selon ce modèle.

Autre exemple : la ville de Springhill, en Nouvelle-Écosse, met à profit son potentiel géothermique en pompant l’eau de ses mines abandonnées et inondées. Une mine d’or de Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest, fait également l’objet de recherches de l’INRS pour déterminer son potentiel.

Le Grand Nord québécois, lui, pourrait doublement bénéficier de cette technologie : en remplaçant le diesel par la géothermie, la région ferait des gains en termes environnementaux et d’efficacité.

S’il choisit cette voie, le Québec pourrait s’inspirer de la Suède, pays aux caractéristiques similaires dont le secteur résidentiel est « saturé » de géothermie peu profonde.

« Tôt ou tard, les résidences seront toutes connectées à la géothermie, prévoit Félix-Antoine Comeau. Et pas mal tous les bâtiments institutionnels nouveaux, comme les écoles, vont systématiquement l’implanter. »

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